Des tomates qui mijotent, des poivrons qui caramélisent doucement, et des œufs qui viennent napper le tout d’un voile doré : la chakchouka tunisienne n’a rien d’une simple recette. Ce plat traverse les frontières, s’invite sur les tables du Maghreb et de la Méditerranée, et à chaque escale, il prend la couleur du pays qui l’accueille. En Tunisie, il se fait plus audacieux, plus généreux aussi, avec ses œufs qui viennent couronner le mélange. Si le parfum des épices vous intrigue, il est temps d’ouvrir la marmite et de découvrir ce classique, avant de passer derrière les fourneaux.
Chakchouka, mille visages pour une même passion
Le nom seul peut donner le tournis : chakchouka, tchoutchouka, choukchouka… Les variantes orthographiques abondent et laissent planer le doute sur les origines exactes du plat. Peu importe le nom retenu, l’esprit reste le même. À la base, on retrouve toujours ce trio indétrônable : tomates, poivrons, oignons. Ensuite, chaque pays met sa patte, adapte en fonction de son terroir et de ses préférences.
En Turquie, la chakchouka s’affiche résolument végétarienne : légumes à l’honneur, sans détour. On croise parfois dans l’assiette une version revisitée, un peu plus riche en couleurs, où courgettes, pommes de terre et olives noires viennent étoffer la préparation. En Tunisie, en revanche, la tradition veut que l’on casse des œufs directement sur la sauce brûlante. Parfois même, la modernité s’invite et autorise la merguez, histoire de muscler un peu la recette.
La recette authentique tunisienne
Pour s’essayer à la chakchouka tunisienne, il faut rassembler quelques ingrédients simples mais pleins de caractère :
- Six tomates bien mûres,
- Un poivron rouge, un poivron jaune, un poivron vert,
- Quatre œufs,
- Trois gousses d’ail et un gros oignon,
- Une cuillère à café de raz el hanout,
- Et un filet d’huile d’olive.
Le raz el hanout manque à l’appel ? Il suffit de mélanger une cuillère à café de piment de Cayenne moulu et une de curcuma pour retrouver un parfum similaire, tout aussi envoûtant.
Vient ensuite le moment de transformer ces ingrédients en une vraie chakchouka. On commence par ciseler l’oignon, puis on écrase l’ail. Pendant ce temps, une casserole d’eau chauffe : les tomates y plongent quelques instants, assez pour retirer facilement leur peau. Une fois pelées, elles sont coupées en gros morceaux. Les poivrons, eux, passent sous le grill du four une quinzaine de minutes, juste assez pour que la peau se détache. Ensuite, il suffit de les détailler en lamelles.
Dans une cocotte, l’oignon et l’ail se font doucement dorer dans l’huile d’olive. Tomates et poivrons rejoignent la fête, bientôt suivis par le raz el hanout ou le mélange d’épices maison. Le tout doit mijoter à feu doux, tranquillement, pendant une demi-heure. Lorsque la sauce a pris de la consistance et que les arômes se sont mêlés, il est temps d’ajouter les œufs, à même la préparation. Quelques minutes suffisent pour qu’ils prennent la texture idéale.
Dernier geste : un nuage de coriandre fraîche, et la chakchouka est prête à être servie. Les Tunisiens la dégustent souvent avec du pain traditionnel, et parfois, une pointe de harissa vient relever la bouchée. Il ne reste plus qu’à savourer, en laissant les saveurs tisser leur histoire à chaque bouchée.
Voilà comment une simple poêlée de légumes devient, en Tunisie, un plat tout en générosité. Un classique qui rassemble, qui réchauffe, et qui rappelle qu’en cuisine, l’identité se joue parfois dans le détail d’un œuf ou d’une épice. À chacun, maintenant, d’écrire sa propre version du plat, à la croisée du partage et de la gourmandise.



